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Vous utilisez ChatGPT pour rédiger un email. Vous demandez à une IA de résumer un rapport. Ce que personne ne vous dit, c’est que chacune de ces actions consomme de l’eau potable. Prélevée dans des nappes. Parfois à quelques kilomètres de chez vous.
Le lien entre intelligence artificielle et ressource hydrique n’est pas intuitif. Pourtant, il est direct, documenté, et massif. Les data centers, ces immenses hangars bourrés de serveurs qui font tourner l’IA, produisent une chaleur considérable. Pour éviter la surchauffe, ils doivent être refroidis en permanence. Et le moyen le plus efficace, économiquement et énergétiquement, reste le refroidissement par l’eau. De l’eau froide, prélevée dans les nappes locales ou les cours d’eau, qui circule autour des serveurs, absorbe la chaleur, puis est rejetée chauffée, parfois polluée, dans le milieu naturel.
24 milliards litres d’eau consommés par Google en 2023 pour ses seuls data centers et bureaux, soit la consommation de 453 000 Français (rapport annuel Google)
Les chiffres que les géants du numérique publient dans leurs rapports annuels, souvent en petits caractères sont éloquents. Google a consommé 24 milliards de litres d’eau en 2023. Microsoft, de son côté, a augmenté sa consommation hydrique de 34 % entre 2021 et 2022. Google l’a accrue de 20 % sur la même période. Des progressions à deux chiffres, année après année, pour répondre à une demande en IA qui s’emballe.
⚠ En France, des géants comme Microsoft, Amazon et Google multiplient les projets d’implantation de data centers. La question de leur impact sur les nappes locales reste encore trop peu traitée par les pouvoirs publics.
Et ce n’est qu’un début. Des chercheurs de l’Université de Cornell ont modélisé l’impact hydrique de la montée en puissance de l’IA à l’échelle mondiale. Leur conclusion est stupéfiante : la demande en eau liée à l’IA pourrait atteindre entre 4,2 et 6,6 milliards de mètres cubes d’ici 2027.
4,2 à 6,6 milliards de m³ d’eau : la demande mondiale de l’IA d’ici 2027 soit la consommation de 4 à 6 pays comme le Danemark (Université de Cornell)
Pour donner une échelle : cela représente plus que le prélèvement annuel total en eau de quatre à six pays comme le Danemark. Ou encore la moitié de la consommation annuelle du Royaume-Uni. En quatre ans. Pour des algorithmes.
Les conséquences locales se font déjà sentir. Aux États-Unis, à The Dalles dans l’Oregon, Google s’accapare plus d’un quart de l’eau de cette petite ville pour ses data centers. En France, l’Alliance Française des Industries du Numérique a publié début 2026 un Livre Blanc sur l’implantation des centres de données, demandant des mesures pour en accélérer l’installation sur le territoire. Mais la question de leur impact sur les nappes locales y est encore trop peu traitée.
Ce qui est sûr, c’est que les industriels et les opérateurs de data centers puisent désormais dans les mêmes ressources. Dans les bassins versants les plus tendus, le sud-est, les Pyrénées-Orientales, des portions du Rhône, les conflits d’usage vont s’intensifier. L’industrie manufacturière, soumise à des obligations réglementaires croissantes sur ses prélèvements, pourrait se retrouver en concurrence directe avec des acteurs numériques dont l’empreinte hydrique est encore largement sous-régulée. Une asymétrie qui n’est pas tenable à long terme.
Sources : Université de Cornell (étude IA et eau 2023) · Rapports annuels Google et Microsoft · Basta Media · Alliance Française des Industries du Numérique (Livre Blanc 2026) · Bpifrance/Bigmedia



