
Chez Derpi, ça décape depuis 35 ans. Et la nouvelle patronne aussi.
23 mars 2026Elles représentent 30 % des salariés de l’industrie en France. Un chiffre qui a progressé de façon significative depuis 2017, mais qui reste encore loin de la parité et masque de profondes disparités selon les fonctions et les secteurs. Dans un contexte de réindustrialisation nationale et de pénurie de talents, la question de la place des femmes dans l’industrie n’est plus seulement un sujet d’égalité professionnelle : c’est un enjeu de compétitivité.
30 % : le plafond qui ne veut pas céder
Selon les données de l’INSEE publiées fin 2024, les femmes occupent 30 % des emplois salariés dans l’industrie en France, contre 47 % dans le tertiaire marchand et 69 % dans le tertiaire non marchand. La construction fait encore moins bien avec 13 %. Ces écarts structurels s’expliquent en partie par des décennies d’orientation scolaire genrée qui ont progressivement éloigné les filles des filières techniques et scientifiques.
Ce chiffre global de 30 % ne dit pas tout. Dans les postes d’ingénieurs, la part des femmes tombe à 24 % selon la CCI, dans un secteur qui cherchait pourtant 65 000 ingénieurs en 2024. En clair : l’industrie manque de bras, mais continue de laisser les femmes sur le bord du chemin par manque d’attractivité et de représentation.
Une dynamique réelle depuis 2017, mais encore fragile
La tendance est malgré tout positive. Selon L’Usine Nouvelle, depuis 2017, l’industrie emploie 98 200 femmes de plus, soit une hausse de 11,2 %, contre seulement 33 000 hommes de plus (+1,5 %) sur la même période. Sur la seule année 2024, les femmes ont contribué à plus de la moitié de la progression de l’emploi industriel : +18 500 postes féminins contre +14 800 masculins.
Cette féminisation progressive touche notamment les jeunes : la part des 15-29 ans dans l’emploi industriel est passée de 16,8 % en 2017 à 19,2 % début 2024, portée en grande partie par l’essor de l’alternance. Les entreprises qui ont fait le pari de l’apprentissage féminin voient leurs équipes se transformer en profondeur.
L’école comme premier verrou
Tout commence bien avant l’usine. Une note de l’Institut des politiques publiques de janvier 2024 montre que le décrochage des filles en mathématiques commence dès le CP et ne fait qu’augmenter tout au long de la scolarité. Au lycée, les garçons choisissent la spécialité mathématiques à 58 %, les filles seulement à 34 %. Résultat : seulement 25 % des filles s’orientent vers une formation STEM (sciences, technologies, ingénierie, mathématiques) en première année après le bac, selon un rapport de l’IGESR-IGF.
Le paradoxe est cruel : les filles réussissent mieux au baccalauréat que les garçons, mais intègrent moins les écoles d’ingénieurs. Ce n’est pas une question de capacité, c’est une question de représentation et de confiance. Quand aucune femme n’est visible dans un métier, peu de jeunes filles envisagent de l’exercer. Ce phénomène d’auto-sélection est documenté et bien connu, mais il persiste.
Face à ce constat, le gouvernement a lancé en mai 2025 un Plan Filles et maths, visant à faire passer la part des femmes dans les classes préparatoires scientifiques à 30 % d’ici 2030. L’objectif affiché est d’avoir 5 000 filles de plus par an choisissant la spécialité mathématiques en terminale dès la rentrée 2025.

Dans l’entreprise, les obstacles perdurent
Entrer dans l’industrie est une chose. Y rester et progresser en est une autre. Les femmes qui font ce choix se heurtent souvent à un environnement où tout a été conçu pour et par des hommes : les tenues de protection taillées pour des gabarits masculins, les horaires décalés incompatibles avec les contraintes familiales encore majoritairement portées par les femmes, et le sexisme ordinaire qui transforme chaque journée de travail en terrain de négociation implicite.
Une consultation lancée par la CCI en 2025 sur le thème «Femmes & Industrie» a confirmé ce que beaucoup savaient déjà : dans les métiers techniques et les postes de direction, la représentation féminine chute encore davantage. Les stéréotypes ont la peau dure, et la rareté elle-même crée un effet repoussoir : moins il y a de femmes dans un secteur, moins d’autres ont envie de les rejoindre.
Sur le plan salarial, l’écart reste significatif. Selon l’INSEE, en 2024, le revenu salarial moyen des femmes dans le secteur privé est inférieur de 21,8 % à celui des hommes. À temps de travail identique, l’écart se réduit à 14 %, mais il ne disparaît pas. L’industrie n’échappe pas à cette réalité.
Des initiatives qui ouvrent des brèches
Plusieurs acteurs bougent. L’association Elles Bougent, dont la présidente Valérie Brusseau a été décorée de la Légion d’honneur en 2024, mobilise chaque année des milliers d’ingénieures et techniciennes pour aller à la rencontre des lycéennes et leur montrer que l’industrie est un univers fait pour elles aussi. La SNCF a lancé son programme “Les Potentielles”, suivi en 2024 par 1 500 élèves en visioconférence dans toute la France, pour déconstruire les stéréotypes sur les métiers du ferroviaire.
Du côté des entreprises, les plus avancées sur ces questions ont compris que la mixité n’est pas un coût mais un levier. Des études montrent régulièrement que les équipes mixtes prennent de meilleures décisions, innovent davantage et affichent de meilleurs taux de rétention. Revoir les processus de recrutement, adapter les conditions de travail, former les managers aux biais inconscients, mettre en place des filières d’alternance ciblées : les outils existent.
La loi Rixain de décembre 2021, qui impose aux entreprises de plus de 1 000 salariés d’atteindre 30 % de femmes parmi les cadres dirigeants et instances dirigeantes au 1er mars 2026, constitue aussi un levier de pression réglementaire. Fin 2024, les femmes représentaient 28 % des membres des comités exécutifs du CAC 40 et 26,7 % du SBF 120 : on approche des seuils, mais sans les franchir vraiment.
2030 : le rendez-vous qui s’annonce décisif
La réindustrialisation de la France est en marche. France 2030, les usines qui rouvrent, les filières qui se reconstituent : le contexte est favorable. Mais une réindustrialisation menée sans les femmes serait à la fois injuste et inefficace. L’industrie a besoin de tous les talents disponibles, et les femmes représentent un vivier largement sous-exploité.
Le chemin est long. Trente pour cent en 2024, contre 69 % dans le secteur non marchand : l’écart structurel ne se résorbe pas en un mandat. Mais les signaux positifs s’accumulent, de l’école à l’atelier. Ce qui manque encore, c’est une volonté collective de traiter ce sujet non comme un problème de femmes, mais comme un problème d’industrie.
Les chiffres à retenir
| 30 % des salariés de l’industrie en France sont des femmes (INSEE, fin 2024) 24 % de femmes parmi les ingénieurs en activité (Elles Bougent, 2024) +98 200 femmes de plus dans l’industrie depuis 2017, soit +11,2 % (L’Usine Nouvelle / INSEE) 14 % d’écart salarial à temps de travail identique entre femmes et hommes dans le privé (INSEE, 2024) 25 % seulement des filles choisissent une formation STEM après le bac (IGESR-IGF) 30 % de femmes en CPGE scientifiques : l’objectif du Plan Filles et maths d’ici 2030 |
Sources : INSEE | L’Usine Nouvelle | CCI France | Ministère de l’Éducation nationale | Elles Bougent | IGESR-IGF | Institut des politiques publiques




