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Il y a des entreprises qui arrivent au bon moment. Et il y a celles qui arrivent 20 ans trop tôt, continuent quand même, et finissent par avoir raison. Syklea est de celles-là. Fondée bien avant que la décarbonation ne devienne une priorité mondiale, cette société française travaille depuis un quart de siècle sur une conviction que le reste du monde commence seulement à partager : le CO₂ industriel n’est pas un déchet à enfouir, c’est une matière première à exploiter. Derrière cette vision, une technologie exclusive, des brevets, des décennies de recherche, et une équipe scientifique dont le fondateur, le docteur Pierre Calleja, fait figure de référence mondiale dans le domaine des microalgues depuis les années 1980.
Une technologie qui change la nature même de la capture carbone
Le principal reproche adressé aux systèmes classiques de captage et stockage du carbone, les fameux CCS, est qu’ils coûtent cher, consomment beaucoup d’eau et d’énergie, et ne génèrent aucun retour sur investissement. On stocke, on enfouit, et on espère. Syklea propose une logique radicalement différente avec sa technologie ALIUM™, qui s’appuie sur des photobioréacteurs à microalgues pour capter les émissions de CO₂ directement à la source, à la cheminée et les convertir en produits valorisables : carburants synthétiques, biomasse riche en protéines et lipides, pigments, oxygène, CO₂ purifié pour l’industrie agroalimentaire ou les serres.
Le système se connecte directement aux flux de gaz de combustion industriels. Avant d’entrer dans les photobioréacteurs, les gaz sont conditionnés pour éliminer le SO₂, les NOx et les particules, afin de fournir une matière première CO₂ propre aux microalgues. Ces dernières font ensuite le travail par photosynthèse, dans des conditions contrôlées de lumière, température et transfert de gaz. Ce qui sort à l’autre bout n’est plus une émission, c’est une ressource.
La percée technique clé de Syklea s’appelle la No Water Technology™ (NWT) : un système en circuit fermé qui élimine pratiquement tout besoin en eau douce, plus de 99 % d’économies par rapport aux procédés classiques, avec une consommation réduite à 0,054 m³ d’eau par tonne de produit. Dans un contexte de raréfaction des ressources hydriques et de pression réglementaire croissante sur l’industrie, c’est un argument de poids.

ALIUM™ : une bioraffinerie modulaire pensée pour l’industrie lourde
Ce qui distingue ALIUM™ des approches expérimentales, c’est son dimensionnement industriel. La plateforme est conçue pour traiter des volumes significatifs, jusqu’à 500 000 tonnes de CO₂ par an, avec une architecture modulaire permettant de passer progressivement d’une installation pilote à un cluster industriel complet. Le retour sur investissement annoncé est inférieur à quatre ans, ce qui place ALIUM™ dans une catégorie à part : celle des solutions de décarbonation qui génèrent de la valeur au lieu d’en détruire.
Les secteurs ciblés sont ceux qui émettent du CO₂ en continu et en grandes quantités : cimenteries, incinérateurs, industrie chimique, papeterie, verrerie, sidérurgie. En France, le potentiel de licences sur le seul secteur de la chimie fine est estimé entre 30 et 50 unités. À l’échelle mondiale, les perspectives sont sans commune mesure, dans un marché de la capture industrielle du carbone en pleine structuration, notamment sous l’impulsion du règlement européen sur le climat EU 2021/1119 visant la neutralité carbone en 2050.
Urban’ALG : les microalgues descendent en ville
Au-delà de l’industrie lourde, Syklea développe une gamme urbaine baptisée Urban’ALG, destinée aux espaces confinés — parkings, gares, zones piétonnes denses. Ces unités compactes de 12 plaques actives (6,24 m² de surface totale) captent en continu le CO₂ ambiant par photosynthèse et restituent de l’oxygène. Les performances sont mesurables : environ 312 kg de CO₂ capturés par an et 166 kg d’O₂ produits, pour une consommation d’eau inférieure à un litre par jour. Un système autonome, à faible maintenance, qui transforme l’infrastructure urbaine en outil de régulation climatique visible.

Une équipe scientifique d’exception
Derrière la technologie, il y a des hommes. Pierre Calleja, PDG et fondateur, diplômé en biotechnologie des microalgues de l’Université de la Sorbonne, cumule plus de 100 brevets dans le domaine des procédés de transformation des microalgues. Médaillé de l’État français et lauréat du prix Pierre Potier de l’Académie nationale des sciences, il a fondé plusieurs entreprises dans ce secteur, dont Fermentalg et Odontella, avant de concentrer son expertise sur Syklea. Il est épaulé par Patrick Maestro, chimiste membre de l’Académie des technologies et médaillé de l’innovation du CNRS, ancien directeur scientifique de Rhodia et Solvay, ainsi que par Jean-Philippe Ricard, directeur des procédés biologiques, spécialisé dans les solutions d’économie circulaire et l’efficacité énergétique industrielle.
Questions / Réponses avec Syklea
En quoi ALIUM™ est-il fondamentalement différent des systèmes classiques de captage carbone ? Les solutions classiques stockent le CO₂ en le comprimant et en l’enfouissant. C’est coûteux, risqué, et cela ne génère aucun retour économique. ALIUM™ est une bioraffinerie : il transforme le CO₂ capté en produits vendables, carburants, biomasse, oxygène, CO₂ purifié. Chaque tonne traitée devient une source de valeur au lieu d’un coût.
Quels secteurs industriels sont les plus concernés par votre technologie ? Tous ceux qui émettent du CO₂ en continu et en grandes quantités : ciment, chimie, incinération des déchets, papeterie, verrerie, sidérurgie. Ce sont des secteurs sous forte pression réglementaire, avec des objectifs de décarbonation contraignants, et peu de solutions viables sur le marché. C’est exactement là que nous intervenons.
Comment se déploie concrètement une installation ALIUM™ sur un site industriel ? Tout commence par une analyse des émissions sur site, composition des gaz, débit, température, profil du flux. À partir de ces données, nous paramétrons les conditions de biosynthèse optimales. Ensuite, les modules sont installés directement sur les cheminées existantes. L’architecture est modulaire : on peut commencer par une installation pilote et monter en puissance progressivement jusqu’au cluster industriel complet.
Quelle est la prochaine étape pour Syklea ? Nous travaillons au passage à l’échelle industrielle, avec un objectif de capture à 500 000 tonnes de CO₂ par an. Le modèle commercial repose sur la licence de technologie et les redevances sur les volumes de CO₂ traités ou d’hydrocarbures produits. Notre ambition est de faire d’ALIUM™ une brique standard de la décarbonation industrielle, en France d’abord, puis à l’échelle mondiale.
Liens utiles
- Syklea — syklea.com
- Règlement européen sur le climat EU 2021/1119 — eur-lex.europa.eu
- Académie des technologies — academie-technologies.fr
- Académie nationale des sciences — academie-sciences.fr
- ADEME — Capture et stockage du carbone — ademe.fr
- Université de la Sorbonne — sorbonne-universite.fr
- Industrie verte — Ministère de la Transition écologique — ecologie.gouv.fr




