
RELOCALISATION MADE IN FRANCE
20 mars 2026
60 000 postes vacants dans l’industrie :
20 mars 2026la bataille de l’attractivité industrielle
Pour la sixième année consécutive, la France reste le pays le plus attractif d’Europe pour les investissements industriels. Mais derrière le chiffre national, trois régions tirent la performance vers le haut: chacune avec sa stratégie, ses atouts, ses paris.
Frédéric dirige une PME d’équipements mécaniques en Seine-Maritime. En 2019, il hésitait à investir dans une nouvelle ligne de production. C’est un appel de l’agence d’attractivité normande qui a fait basculer sa décision : accompagnement administratif, mise en relation avec un foncier disponible en zone industrielle, et contact direct avec un grand donneur d’ordre du bassin pétrochimique. « Sans ce suivi, j’aurais attendu encore deux ou trois ans », dit-il. Son cas illustre ce que les chiffres confirment à l’échelle nationale : en France, l’attractivité industrielle n’est plus seulement une affaire d’avantages fiscaux ou de coût du travail. C’est une affaire d’organisation territoriale.
| 1 025 projets d’IDE en France en 2024 · 6e année consécutive en tête européenne (EY) | +130 000 emplois industriels créés en France depuis 2017 (Ministère de l’Industrie) | 39 % des IDE manufacturiers localisés dans des territoires de moins de 50 000 hab. |
Sources : Baromètre EY attractivité France 2025 · Business France · Ministère de l’Industrie · DGE – Baromètre industriel mars 2025
Le classement 2024 : qui sont les régions les plus attractives ?
Le baromètre EY 2025, publié le 15 mai, établit le classement des régions françaises pour les investissements directs étrangers (IDE) réalisés en 2024. L‘Île-de-France conserve sa place de leader avec 258 projets et environ 6 700 emplois créés, mais sa part dans le total national recule : elle ne représente plus que 25 % des investissements, contre 29 % entre 2015 et 2019. La réindustrialisation se diffuse. Auvergne-Rhône-Alpes confirme sa deuxième place avec 146 projets. Les Hauts-de-France s’imposent troisièmes et première région industrielle française en emplois.
| Rang 2024 | Région | Projets IDE | Emplois créés | Rang européen |
| 🥇 1re | Île-de-France | 258 | ~6 700 | 2e Europe |
| 🥈 2e | Auvergne-Rhône-Alpes | 146 | 4 163 | Top 5 |
| 🥉 3e | Hauts-de-France | 101 | 4 524 | 10e Europe |
| 4e | Grand Est | ~90 | 5 576 | 12e Europe |
| 5e | Provence-Alpes-Côte d’Azur | ~80 | 3 322 | Top 15 |
Sources : Baromètre EY 2025 · Business France · Nord France Invest · risingSUD
Trois régions, trois modèles d’attractivité
| ① HAUTS-DE-FRANCE · La Vallée de la batterie, pari industriel le plus visible d’Europe La transformation des Hauts-de-France en première région industrielle française pour les emplois liés aux investissements étrangers n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’une stratégie construite depuis 2021 autour d’un pari : accueillir la filière batterie électrique au moment où toute l’Europe se bat pour elle. Résultat : cinq gigafactories s’y installent ou s’y sont déjà installées, pour un total d’investissements dépassant les 11 milliards d’euros. ACC à Douvrin (1,5 Md€, 1 800 emplois) a ouvert en 2023, première gigafactory de France. Envision AESC à Douai (2 Md€, 3 000 emplois) fabrique depuis 2024 les batteries des Renault R4 et R5. Verkor à Dunkerque (2,5 Md€, 2 000 emplois) a été inaugurée le 11 décembre 2025. ProLogium, le taïwanais spécialiste des batteries solides (5,2 Md€, 3 000 emplois directs, 12 000 indirects), a posé sa première pierre à Dunkerque le 10 février 2026, avec une montée en puissance attendue jusqu’à 48 GWh en 2032. Tiamat à Amiens (500 M€) travaille quant à elle sur les batteries sodium-ion avec le soutien de Stellantis. Ce qui a fait la différence ? Xavier Bertrand, président de la région, l’explique avec une franchise inhabituelle : « Une vraie volonté politique, du foncier, et la capacité de réduire les délais d’implantation de douze à six mois. » La région a systématiquement préparé les dossiers de permis en amont, engagé des garanties écrites avec l’État, et mobilisé 162 millions d’euros d’aides directes pour la transformation de l’industrie automobile. La Cour des comptes, dans un rapport de novembre 2025, a salué ce travail conjoint entre la région et la CCI régionale sur la formation, le foncier et la logistique. Chiffres clés : ⟶ 5 963 emplois industriels créés par IDE en 2025 (+14 % vs 2024) · 32 emplois par projet en moyenne ⟶ 1re région industrielle française en emplois liés aux IDE sur la décennie 2016-2025 (27 000 emplois sur 10 ans) ⟶ 7e rang européen pour les investissements industriels · 10e rang européen tous secteurs ⟶ 18 % des projets automobiles nationaux · 20 % des investissements agroalimentaires français |
| ② AUVERGNE-RHÔNE-ALPES · Le moteur silencieux de la réindustrialisation française Moins médiatique que la Vallée de la batterie nordiste, Auvergne-Rhône-Alpes affiche en 2024 la performance la plus solide en termes d’ouvertures nettes de sites industriels : +32 dans l’année, dans un contexte national dégradé (89 ouvertures nettes totales en France en 2024, contre 189 en 2023). La région représente à elle seule plus d’un tiers des nouvelles implantations industrielles françaises de l’année. Son modèle repose sur la diversité sectorielle. Grenoble est devenue la capitale française des semi-conducteurs, avec STMicroelectronics et GlobalFoundries qui y ont investi 5,7 milliards d’euros dans une usine commune à Crolles. La filière nucléaire y est solide — Loire Industrie à Saint-Chamond investit 5 millions d’euros pour répondre à la croissance des commandes EPR. Orano et d’autres acteurs de la chaîne nucléaire consolident leurs sites. La région capte également des projets d’énergie de transition : Verkor, la start-up grenobloise à l’origine de la gigafactory de Dunkerque, a ses racines en Auvergne-Rhône-Alpes, tout comme Carbon qui démarre en 2025 la construction de sa giga-usine de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer (1,6 Md€). La CCI Lyon Métropole met en avant un atout souvent sous-estimé : la densité du tissu de PMI innovantes, capables d’absorber les externalités des grandes implantations et de constituer une chaîne de valeur locale. C’est ce maillage que les investisseurs étrangers cherchent de plus en plus, après avoir appris de la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement mondialisées révélée par la crise sanitaire. Chiffres clés : ⟶ 146 projets IDE en 2024 · 2e région française · Top 5 européen ⟶ +32 ouvertures nettes de sites industriels en 2024 · 1re région française ⟶ Secteurs leaders : semi-conducteurs, nucléaire, énergie solaire, mécatronique, chimie fine ⟶ 5,7 Mds€ investis par STMicroelectronics + GlobalFoundries à Crolles (Isère) |
| ③ NORMANDIE · Moins de projets, mais les plus intensifs en emplois de France La Normandie illustre un phénomène que les classements en nombre de projets masquent : la qualité compte autant que la quantité. En 2025, la région attire 82 projets d’IDE — un nombre en retrait — mais génère 3 547 emplois créés ou maintenus, soit un record historique. Elle concentre 4,4 % des projets nationaux mais 7,4 % des emplois associés. Chaque implantation y génère en moyenne bien davantage d’emplois que la moyenne nationale. Cette performance tient à la nature des investissements : 32 % des projets concernent des activités de production, et ces projets concentrent à eux seuls 76 % des emplois créés. La Normandie n’attire pas des centres de décision ou des sièges sociaux — elle attire des usines. Son positionnement repose sur l’industrie lourde et la chimie du bassin de la Seine (Port-Jérôme-sur-Seine, Rouen, Le Havre), l’énergie — avec le projet Normand’Hy d’Air Liquide (200 MW d’électrolyse hydrogène d’ici 2026) — et l’automobile, avec la présence forte de Renault à Sandouville et de ses sous-traitants. Le modèle normand, selon les acteurs de la région, repose sur une coopération étroite entre la CCI régionale et Normandie Attractivité, qui permet d’offrir aux investisseurs un interlocuteur unique, un foncier préidentifié et des engagements sur les délais d’instruction. L’implantation de Normand’Hy, qui éviterait l’émission de 250 000 tonnes de CO₂ par an dans le bassin industriel normand, illustre la capacité de la région à aligner enjeux économiques et transition énergétique. Chiffres clés : ⟶ 3 547 emplois créés par IDE en 2025 · record historique · 7,4 % des emplois nationaux pour 4,4 % des projets ⟶ 76 % des emplois créés concentrés dans les projets de production industrielle ⟶ Normand’Hy : 200 MW d’électrolyseur hydrogène (Air Liquide + Siemens Energy) en service 2026 ⟶ Bassins portuaires du Havre et de Rouen : 1re zone chimique et énergétique de France |
| Ce qui fait vraiment la différence entre territoires gagnants et territoires en retard ⟶ Les délais d’implantation : les Hauts-de-France les ont réduits de 12-14 mois à 6-9 mois grâce à une préparation des dossiers en amont. La loi Industrie Verte de 2023 vise à généraliser cette approche. ⟶ Le foncier : 79 % des emplois industriels étrangers ont été créés dans des EPCI labellisés Territoires d’industrie — preuve que l’identification préalable du foncier est décisive. ⟶ L’énergie : le différentiel de compétitivité électrique reste un frein cité par les investisseurs. ProLogium a explicitement choisi Dunkerque pour sa proximité avec la centrale nucléaire de Gravelines. ⟶ La formation : les trois régions performantes ont toutes investi massivement dans l’adaptation des formations aux besoins industriels spécifiques (batteries, semi-conducteurs, hydrogène). ⟶ Le contre-modèle : 39 % des IDE manufacturiers se localisent dans des territoires de moins de 50 000 habitants, preuve que la réindustrialisation peut irriguer des bassins industriels historiques — à condition d’un accompagnement territorial actif. |
Ce que ces trois régions partagent, c’est une conviction que les grandes décisions d’investissement ne tombent pas du ciel. Elles se méritent par une organisation collective collectivités, agences d’attractivité, CCI, État capable de présenter à l’investisseur un territoire préparé, un projet foncier identifié, des formations engagées, et une réponse administrative en semaines plutôt qu’en années. Le reste l’avantage comparatif géographique, la tradition industrielle, la main-d’œuvre disponible n’est que le terrain. La victoire se joue dans l’organisation.
Sources : Baromètre EY de l’attractivité de la France 2025 (publié 15 mai 2025) · Business France – Bilan IDE 2025 (publié 29 janvier 2026) · Nord France Invest · Normandinamik · risingSUD · CCI Lyon Métropole · DGE – Baromètre industriel mars 2025 · Cour des comptes – rapport Hauts-de-France nov. 2025 · Banque des Territoires · Ministère de l’Industrie (Marc Ferracci, conseil des ministres 15 mai 2025) · Usine Nouvelle · Journal des Entreprises



