
Ce que l’industrie jette, ValoER le remet en circuit
27 mai 2026
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28 mai 2026500 000 tonnes de marc de café finissent à la poubelle chaque année en France. Vera Chamarande a passé dix ans à se demander ce qu’on pourrait en faire. La réponse qu’elle a trouvée est en train de redéfinir les contours de la chimie verte française.
Tout commence en 2015, dans un coffee shop du centre de Reims. Vera Chamarande vient d’ouvrir son établissement, elle apprend la torréfaction chez Malongo, elle part en Colombie comprendre les ressorts d’une filière qui nourrit des millions de personnes tout en laissant derrière elle des montagnes de résidus organiques. Et chaque soir, elle regarde les seaux de marc de café qu’elle s’apprête à vider : 2,5 tonnes par an, systématiquement jetées. Une question s’installe, têtue : et si cette matière valait quelque chose ?
Dix ans plus tard, V.BIOTECH dispose d’un procédé breveté, de partenariats avec Veolia et CentraleSupélec, d’un accord sécurisé portant sur 10 000 tonnes de marc de café par an, et d’une levée de fonds de 3,5 millions d’euros bouclée début 2026. La réponse à cette question du soir, elle l’a trouvée.
Le marc de café, un concentré de molécules que personne ne regardait

Le marc de café n’est pas un déchet pauvre. C’est un matériau organique dense, chargé en composés bioactifs, en huiles essentielles, en polyphénols et en fibres lignocellulosiques. Le problème, c’est que personne n’avait développé les procédés pour les extraire proprement et à l’échelle industrielle.
V.BIOTECH a mis au point une extraction au CO2 supercritique, une technologie verte reconnue par les instances européennes comme alternative aux solvants chimiques classiques. Pas d’hexane, pas d’éthanol. Un gaz naturel recyclé en circuit fermé, et deux familles de produits qui en sortent : des huiles concentrées en composés bioactifs, et des molécules à haute valeur ajoutée destinées à la cosmétique, la nutraceutique et la pharmacie. La Commission européenne classe ces molécules biosourcées comme des priorités de la stratégie bioéconomie de l’Union, dans le cadre du passage à une chimie décarbonée.
La deuxième sortie du procédé, c’est le résidu solide : une poudre. Pas pour le compost. Pour remplacer le plastique. V.BIOTECH la transforme en pellets que les plasturgistes peuvent intégrer dans leurs machines sans modifier leur outil de production. De la biomasse de café qui finit en pièce automobile, en emballage, en aménagement intérieur. La substitution est réelle, mesurable, et compatible avec les process industriels existants.
« Nous valorisons 100% de la biomasse. Il n’y a aucun résidu de notre résidu. »
Vera Chamarande, fondatrice et DG de V.BIOTECH
Une start-up construite comme une filière, pas comme un produit

Ce qui distingue V.BIOTECH d’une deeptech classique, c’est la logique de filière qui structure le projet depuis le début. La fondatrice ne vend pas une molécule. Elle construit un modèle de valorisation en cascade : chaque fraction du marc est traitée selon sa nature, chaque coproduit trouve un débouché industriel précis. L’ADEME documente depuis plusieurs années le potentiel de ce type d’approche pour décarboner les industries chimiques et plasturgiques françaises. V.BIOTECH en est une application directe.
L’équipe fondatrice incarne cette logique interdisciplinaire : Vera Chamarande apporte la connaissance de la filière café et la vision entrepreneuriale, Florent Allais la chimie verte de haut niveau (CentraleSupélec), Yuchen Huang l’économie industrielle (MIT, Paris School of Economics). Trois compétences qui ne se marchent pas dessus et qui couvrent exactement les trois maillons du projet : science, process, marché.
Le financement a suivi la même logique de maîtrise. Près de 400 000 euros levés sur fonds propres et emprunts pour quatre ans de R&D structurée. Puis la série A de 3,5 millions d’euros début 2026, portée à 90% par des investisseurs régionaux, qui finance le passage à l’échelle industrielle.
Reims pour penser, Vierzon pour produire
Le déploiement industriel de V.BIOTECH suit une géographie précise et réfléchie. À Reims, l’entreprise s’installe dans les anciens locaux d’AstraZeneca : 1 200 m² dont 800 dédiés aux laboratoires, au coeur d’un écosystème scientifique de premier plan. L’Université de Reims, le CEBB, AgroParisTech et les acteurs de la bioéconomie du Grand Est constituent un tissu de compétences rare en Europe.
La moitié des surfaces de laboratoire sera mise à disposition de start-ups en phase de scale-up, avec un appel à projets lancé début 2026. Une décision qui dit beaucoup sur la façon dont Vera Chamarande conçoit son rôle dans l’écosystème : pas seulement y réussir, mais en renforcer la capacité collective.
À Vierzon, en revanche, c’est la logistique qui prime. Carrefour autoroutier, port-sec à moins d’un kilomètre relié au Havre : la ville offre une position centrale pour capter du marc de café à l’échelle nationale avec une empreinte carbone minimale. Le démonstrateur industriel prévu fin 2027 s’appuiera sur les 10 000 tonnes sécurisées avec Veolia France, auxquelles s’ajoutent les flux collectés localement avec Luzéal, coopérative de déshydratation basée dans la Marne.
Le café n’est qu’un début

V.BIOTECH commence par le marc de café parce que c’est là que naît le projet et que c’est là que la démonstration industrielle est la plus avancée. Mais la logique est transposable à d’autres coproduits organiques : le raisin, la pomme, les agrumes. Autant de biomasses abondantes, peu valorisées, riches en molécules intéressantes pour les mêmes marchés.
C’est précisément ce que le règlement européen sur les emballages et déchets d’emballages (PPWR), entré en vigueur en 2024, est en train d’accélérer : les industriels ont désormais des obligations chiffrées sur la part de matériaux biosourcés dans leurs emballages. V.BIOTECH arrive au bon moment, avec le bon produit, dans le bon cadre réglementaire.
Labellisée GreenTech et Tech For Good, en cours de certification Cosmos, Ecocert, Solar Impulse et B Corp, la start-up rémoise ne cherche pas à être une belle histoire d’économie circulaire. Elle cherche à devenir un fournisseur industriel incontournable. La nuance est importante.




