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14 juillet 2026Bâtiments d’élevage, manèges équestres, halles sportives : Mégane Klein a fait de l’architecture agricole et sportive sa spécialité, avec une approche singulière, celle de concevoir du point de vue de l’animal. Ancienne cavalière passée par la Fédération Française d’Équitation avant de se former à l’ENSA Paris-Malaquais, elle revendique aujourd’hui une architecture hypersensible, où le ressenti guide autant les choix techniques que les partis pris esthétiques. Présente à chaque réunion de chantier et dessinant elle-même chacun de ses projets, elle nous raconte comment cette approche transforme la conception de bâtiments aussi techniques qu’une exploitation agricole ou un équipement sportif.
Du monde équestre à l’architecture animale
Vous venez du monde équestre avant de vous spécialiser en bâtiments d’élevage. Comment ce parcours a-t-il façonné votre approche, notamment cette idée de concevoir du point de vue de l’animal ?
L’idée de concevoir du point de vue de l’animal m’est venue lors de mon diplôme à l’ENSA Paris-Malaquais. J’ai alors élargi la vision que je pouvais avoir des bâtiments à destination d’animaux, et les animaux d’élevage m’ont permis de traiter de nouvelles problématiques tout en restant dans le même domaine de réflexion. Le fait de côtoyer des animaux permet de saisir leur profondeur et de les observer dans leur milieu. Lorsque l’on sait bien regarder, ils nous donnent accès à de nombreuses réponses. Chaque animal détient sa propre personnalité, chaque espèce ses propres besoins. Quand ces éléments sont pris en compte comme nous avons l’habitude de le faire pour l’Homme en tant qu’architecte, nous découvrons un monde insoupçonné que je tente de révéler dans ces architectures expérimentales. Le but n’est pas de récréer ce qu’ils savent faire, et ils le font bien mieux que nous dans la nature, mais de mieux les comprendre pour leur proposer des architectures cohérentes avec leurs besoins physiologiques. Une fois que l’on investit ce monde animal et ses complexités, nous ne pouvons plus l’ignorer. Cette approche s’applique alors autant aux chevaux qu’aux animaux d’élevage.

Des contraintes techniques propres au bâtiment agricole
Entre un bâtiment d’élevage, un manège équestre ou une halle sportive, quelles sont les contraintes techniques les plus exigeantes que vous ne rencontrez jamais dans un projet résidentiel classique ?
Le juste équilibre entre les normes constructives pour l’un et pour l’autre. À savoir que les réglementations à appliquer dans les bâtiments publics sont clairement énoncées, mais celles à destination d’animaux sont plus floues. Généralement, les réglementations à appliquer dans les bâtiments équestres sont liées à la sécurité des humains. Si les cavaliers savent ce qui est le mieux pour leurs chevaux, cela est moins évident pour d’autres espèces animales. C’est plutôt l’animal qui se suradapte et se conforme aux artefacts humains plutôt que l’inverse, alors même qu’il n’est pas en mesure d’y donner du sens, contrairement à nous. Il y a un énorme travail de recherche et d’investigation à mettre en place pour les reconsidérer en tant que tels dans les bâtiments que l’on conçoit. Ce qui pose problème en perpétuant cette manière de faire, c’est que l’on réduit considérablement ce qui les compose en niant l’envergure de leur être. Tout comme on le fait pour les hommes, nous pourrions redéfinir des règles qui seraient plus adaptées à leur égard dans les bâtiments de détention. Lorsque je réfléchis à ces bâtiments expérimentaux pour les animaux, le plus dur est bien de se mettre à leur place, alors même que tout nous distingue d’un point de vue biologique et physique. Aussi, l’on conçoit pour l’homme et pour l’animal, il faut trouver ce qui est le plus juste et bien placer le curseur.

Une présence de la conception jusqu’à la livraison
Vous êtes présente à chaque réunion de chantier et dessinez vous-même vos projets, du premier trait jusqu’à la livraison. Pourquoi ce choix, alors que beaucoup d’agences délèguent ces étapes ?
D’abord, parce qu’au bout de quelques années de pratique, j’adore profondément ce moment de la concrétisation. D’autre part, cela se réalise en équipe avec de nombreux acteurs. C’est tout un écosystème qui se réunit autour d’un projet et qui avance ensemble avec des objectifs communs. D’autres problématiques, au-delà de la conception, sont mobilisées. J’aime de plus en plus les situations challengeantes, la résolution de problèmes, le souci du détail, le contact avec les « faiseurs », les événements qui nécessitent de s’adapter ou les moments où l’on se remet en question pour faire encore mieux. D’autre part, qui de mieux placé que le concepteur pour suivre le chantier de ce même projet ? Ce processus permet de réduire la perte d’information en ayant tout l’historique du projet depuis le début. Enfin, en tant qu’architecte, j’aime voir toutes les étapes d’un projet et j’aime la globalité d’un projet, de la conception à la réalisation. Je suis également la référente du client. Un projet se conçoit sur un temps lent, il m’est important de construire une relation de confiance et de la maintenir jusqu’au bout.
L’hypersensibilité, moteur d’une architecture du ressenti
Vous revendiquez une approche hypersensible, centrée sur le ressenti. Comment ça s’exprime concrètement sur des bâtiments aussi techniques qu’une exploitation agricole ou un équipement sportif ?
Cela peut être appliqué à n’importe quel type de projet. Il s’agit plus d’un ressenti intégré à la réflexion, et donc transposable dans chaque projet. Là où cela devient singulier, c’est sur les bâtiments à destination d’animaux, car l’idée est de matérialiser les différences qui nous séparent et de les rendre visibles. C’est alors leur sensibilité qui devient le cœur du programme. Cela se traduit à travers le choix des matériaux, des textures, des effets d’ombres et de lumière, des couleurs, parfois même des bruits qui peuvent être causés ou des odeurs. Les animaux ressentent les choses différemment avec leurs sens, comme chez nous, où certaines personnes sont plus sensibles que d’autres à certains éléments. En tant qu’hypersensible, j’ai par exemple un rapport particulier à la lumière, surtout forte. Je n’ai donc pas de mal à imaginer la subtilité des contrastes et des transitions lumineuses pour les animaux. Cette caractéristique est intéressante pour tenter de se mettre à la place d’autres vivants non humains. Dans les bâtiments plus habituels, les choix architecturaux se basent sur d’autres facteurs et sont parfois plus neutres ou objectifs, car nous nous adaptons plus facilement à notre environnement que les animaux, qui ont d’autres repères et d’autres besoins. Lorsque nous concevons pour des enfants par exemple, il s’agit, de la même manière, de nous mettre à la place d’un autre que nous-mêmes, avec d’autres références.




