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29 juin 2026Villepinte, 18 juin 2026. Il est onze heures du matin. Eurosatory, a ouvert ses portes trois jours plus tôt, le 15 juin, et le parc des expositions de Villepinte n’a rien perdu de son intensité. Dans les allées du plus grand salon mondial des technologies de défense et de sécurité, la foule reste dense.
Blindés, systèmes de défense aérienne, drones, technologies cyber, délégations militaires venues de plus de soixante pays : chaque jour apporte son lot de rendez-vous, de négociations, de signatures.
Le contexte est lourd : guerre en Ukraine, réarmement européen, industrie de défense sous pression. Eurosatory 2026 bat des records de fréquentation.
Au milieu de ce bruit, un homme reçoit. Calme. Disponible.
Le général (2S) Charles Beaudouin, président de COGES EVENTS, organisateur du salon, répond aux questions avec la sobriété de ceux qui n’ont plus rien à prouver. Trente-huit ans dans l’armée de Terre. Des régiments de chars aux programmes d’armement. Une opération extérieure en Côte d’Ivoire. Des années d’état-major au cœur des grandes orientations stratégiques de la défense française.
On lui pose la question sur les femmes dans la défense. Sa réponse ne prend pas de détour. Et quelque part dans ce qu’il dit, une image refait surface : des femmes qui marchaient à l’aube, chargées de paquets et d’enfants, sur les routes de Bouaké, en 2005. Il avait vu l’avenir de l’Afrique dans ces silhouettes. Vingt et un ans plus tard, le logo d’Eurosatory est une femme. Ce n’est pas une coïncidence. C’est une cohérence.
Portrait d’un homme rare.
Saint-Cyr, Saumur, et l’arme blindée cavalerie
Tout commence en 1982, lorsque Charles Beaudouin est admis à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr. Parmi les armes qui s’offrent à lui à l’issue de sa scolarité, il choisit l’arme blindée cavalerie et rejoint l’école d’application de Saumur. Un choix qui dit déjà quelque chose de sa personnalité : la cavalerie blindée, c’est la vitesse, la manœuvre, la décision dans l’urgence.
Sa première affectation l’envoie au 2ème régiment de Chasseurs à Verdun, où il prend la tête d’un peloton de chars AMX30. Un baptisême opérationnel ancré dans la tradition des grandes unités blindées françaises, dans une garnison dont le nom seul porte le poids de l’histoire militaire nationale.
C’est ensuite au 503ème régiment de chars de combat de Mourmelon qu’il franchit une étape décisive dans sa carrière : capitaine commandant l’escadron expérimental Leclerc. Le char Leclerc, alors en cours d’intégration dans les forces, représente la rupture technologique majeure de l’armée de Terre française des années 1990. Y participer dès la phase expérimentale, c’est se trouver au cœur du renouveau capacitaire de l’arme blindée. Une expérience qui forge durablement sa vision de la transformation des équipements militaires.
Chef de corps, commandant d’opération : l’épreuve du terrain
La progression hiérarchique de Charles Beaudouin ne se fait pas dans les couloirs des états-majors. Elle se construit d’abord sur le terrain, dans les régiments. Chef de corps du 6-12ème régiment de Cuirassiers équipé de chars Leclerc à Olivet dans le Loiret, il assume la responsabilité d’une unité combattante dans ce qu’elle a de plus concret : des hommes, des matériels, une mission.
En octobre 2005, il reçoit une mission opérationnelle exigeante : commander pendant cinq mois le groupement tactique interarmes 1 (GTIA 1) à Bouaké, en Côte d’Ivoire, dans le cadre de l’opération Licorne. Dans un contexte de crise post-électorale et de tensions vives, Bouaké est alors l’une des zones les plus sensibles du théâtre d’opérations. Commander un GTIA à ce moment-là, dans cette ville, c’est assumer la pleine responsabilité d’un chef militaire face à l’imprévu, face au risque, face à la décision en temps réel.
Mais ce que le général Beaudouin retient de ces cinq mois en Côte d’Ivoire ne tient pas dans un rapport d’opération. C’est une image, simple et tenace, qui lui est restée : des femmes, chargées de paquets et d’enfants, qui marchent très tôt le matin au bord des routes. Pas une image de guerre. Une image de vie. « Elles sont l’avenir de l’Afrique. » Une phrase courte, dite sans emphase, qui dit pourtant tout d’un homme capable, au milieu d’une opération extérieure, de regarder au-delà du théâtre militaire pour voir ce qui, dans un peuple, résiste et continue.
Cette capacité à tenir ensemble la rigueur du commandement et l’attention à l’humain, c’est peut-être ce qui définit le mieux Charles Beaudouin.
Un officier général qui n’a jamais réduit sa mission à ses seuls paramètres tactiques.
Les femmes dans la défense : une conviction, pas une posture

Il y a dans la trajectoire du général Beaudouin un fil que l’on ne voit pas forcément au premier regard, mais qui traverse toute sa vision des armées et de la défense : la place des femmes. Non pas comme un sujet de communication, ni comme une obligation réglementaire, mais comme une réalité opérationnelle qu’il a toujours regardée en face.
Interrogé sur le sujet lors d’Eurosatory 2026, sa réponse ne laisse aucune place à l’ambiguïté.
Les femmes sont présentes dans les armées. Elles commandent. Elles pilotent des avions de chasse. Elles conquèrent les postes les plus élevés. Elles ont un haut potentiel. Le constat est factuel, livré sans effets de manche, avec la précision d’un officier qui parle de ce qu’il a vu, pas de ce qu’il souhaiterait voir.
Cette conviction se lit aussi dans les choix qu’il a faits à la tête de COGES EVENTS. Au sein de ses équipes, plus de la moitié sont des femmes.
Et le logo d’Eurosatory lui-même représente une femme. Un symbole qui n’a rien d’anodin dans un univers où les repères visuels restent majoritairement masculins. C’est un choix délibéré, et il porte le nom de celui qui préside.
Le fil entre les femmes de Bouaké qui marchaient à l’aube en 2005 et le logo d’Eurosatory 2026 n’est pas une coïncidence. C’est une cohérence. Celle d’un homme qui, depuis plus de quarante ans, a appris à voir dans les femmes non pas une catégorie à intégrer, mais une force à ne pas sous-estimer.
Les années d’état-major : penser la transformation en profondeur
Parallèlement à ses commandements en régiment, Charles Beaudouin sert plus d’une douzaine d’années à Paris, au sein de différentes structures névralgiques : la section technique de l’armée de Terre, l’état-major de l’armée de Terre, l’inspection de l’armée de Terre, l’état-major des armées. Autant de postes où se définissent les grandes orientations capacitaires, doctrinales et organisationnelles de l’armée française.
En 2008, il est sélectionné comme auditeur de la 44ème session du Centre des hautes études de l’armement (CHEAr), l’une des formations les plus selectives du ministère des Armées. Cette année de haute formation stratégique sur les enjeux de l’armement et de la base industrielle et technologique de défense (BITD) prépare directement les officiers supérieurs aux responsabilités de direction les plus élevées.
Le 1er août 2013, il est promu général de brigade et nommé directeur de la section technique de l’armée de Terre, avant d’accéder au grade de général de division et à la fonction de sous-chef d’état-major Plans Programmes.
À ce poste, il est directement impliqué dans la planification capacitaire de l’armée de Terre : quels équipements, quels programmes, quels investissements pour les dix à vingt ans à venir ? Une responsabilité stratégique de premier plan, à l’heure où les contraintes budgétaires et les nouvelles menaces redéfinissent les priorités de défense en profondeur.
Commandeur de la Légion d’honneur : une carrière distinguée
Au terme de trente-huit ans de service, le général Charles Beaudouin quitte l’armée active avec les plus hautes distinctions. Il est commandeur de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre national du Mérite, titulaire de la croix de la valeur militaire et de la médaille du courage et du dévouement.
Ces distinctions ne sont pas des formalités protocolaires. Elles témoignent d’une carrière construite sur l’engagement opérationnel, la rigueur du commandement et la contribution durable aux grandes orientations stratégiques de l’armée française. Trente-huit ans au service d’une institution exigeante, dans des fonctions qui couvrent l’intégralité du spectre militaire, de la tourelle d’un char à la planification des programmes d’armement.
Président de COGES EVENTS : un engagement civil dans la continuité
En octobre 2020, Charles Beaudouin prend la présidence de COGES EVENTS, l’organisateur d’Eurosatory, le premier salon mondial des technologies de défense et de sécurité terrestres et aérotrestres. Un choix qui prolonge naturellement une trajectoire entièrement dédiée aux questions de défense, en lui donnant une dimension nouvelle : celle du dialogue entre les armées, les industriels et les décideurs à l’échelle internationale.
Eurosatory n’est pas un salon comme les autres. C’est un lieu où se négocient des orientations industrielles, où se nouent des partenariats entre nations, où les évolutions doctrinales des armées rencontrent les propositions technologiques des industriels. Le présider nécessite une légitimité opérationnelle et stratégique que peu d’hommes peuvent revendiquer. Charles Beaudouin en possède précisément toutes les dimensions.
L’édition 2026 du salon, organisée du 15 au 19 juin au parc des expositions de Villepinte, a une nouvelle fois illustré l’ampleur des mutations à l’œuvre dans les industries de défense européennes. Drones, intelligence artificielle, systèmes spatiaux, défense aérienne, guerre électronique, protection des infrastructures critiques : l’effacement progressif des frontières entre les milieux terrestre, aérien, naval, spatial et cyber reflète les profondes transformations des conflits contemporains. Dans ce contexte marqué par la poursuite de la guerre en Ukraine et la montée des tensions en Europe, Eurosatory 2026 a battu de nouveaux records de fréquentation, confirmant le rôle central du salon dans le paysage mondial de la défense.
Sous la présidence de Charles Beaudouin, COGES EVENTS a su accompagner et anticiper ces évolutions. L’homme qui commandait un escadron expérimental Leclerc dans les années 1990, qui dirigeait un GTIA en opération extérieure en 2005 et qui planifiait les programmes d’armement de l’armée de Terre depuis les étages de l’état-major, possède une compréhension des enjeux de défense qui dépasse largement la posture représentative. Il sait ce que signifie concrètement une lacune capacitaire, une rupture technologique ou un délai de livraison dans un programme d’armement.
C’est peut-être cela, au fond, qui distingue le général (2S) Charles Beaudouin dans le paysage de la défense française et européenne : une autorité construite non pas sur les titres, mais sur une expérience accumulée pendant près de quarante ans au plus près des réalités militaires, industrielles et stratégiques. Un parcours qui donne tout son sens à sa présence aujourd’hui à la tête de l’événement qui, chaque année, prend le pouls de la défense mondiale.
Repères biographiques
1982 : Admis à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr
1986-2006 : Commandements en régiments de cavalerie blindée (AMX30, Leclerc)
2005 : Commandant du GTIA 1, opération Licorne, Bouaké (Côte d’Ivoire)
2008-2009 : Auditeur de la 44ème session du CHEAr
2013 : Promotion général de brigade, directeur de la section technique de l’armée de Terre
Sous-chef d’état-major Plans Programmes, général de division
Octobre 2020 : Président de COGES EVENTS, organisateur d’Eurosatory
Distinctions : Commandeur de la Légion d’honneur, Commandeur de l’ordre national du Mérite, Croix de la valeur militaire, Médaille du courage et du dévouement




