Interview de Pascon
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11 mars 2026Créé en 1970 sur décision du ministère de l’Agriculture, QualiPaysage est le seul organisme français habilité à qualifier et labelliser les entreprises du paysage. Derrière un secteur longtemps perçu comme accessoire, une réalité économique et écologique bien plus sérieuse : 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus de 120 000 emplois, et des professionnels qui interviennent désormais là où les enjeux climatiques sont les plus concrets.

1970 : une idée simple, une longévité remarquable
Il a fallu un arrêté ministériel, quelques visionnaires du secteur horticole, et beaucoup de patience pour que les entreprises du paysage disposent enfin d’un outil de reconnaissance professionnelle digne de ce nom. C’est le 6 octobre 1970 que naît le premier titre de qualification pour les entreprises paysagistes et de reboisement. La gestion en est confiée au Comité National Interprofessionnel de l’Horticulture, avant qu’une association dédiée, QualiPaysage, ne prenne le relais en 1995.
Un an plus tard, le ministère de l’Agriculture signe un protocole officiel : il délègue à QualiPaysage l’attribution des qualifications. Une délégation qui n’a jamais été accordée à aucun autre organisme depuis. Ce détail dit beaucoup sur la singularité du modèle.
En 55 ans, le périmètre a considérablement évolué. En 2020, les référentiels sont entièrement refondus pour coller aux réalités du terrain : deux statuts distincts voient le jour, « confirmé » pour les entreprises généralistes bien rodées dans leur métier, et « spécialisé » pour celles qui en ont fait leur coeur d’activité exclusive. En 2021, QualiPaysage franchit une nouvelle étape en lançant ses propres labels, fondés sur des audits physiques conduits par des vérificateurs indépendants.
Aujourd’hui, l’organisme couvre 32 qualifications réparties en 7 familles de métiers : aménagements paysagers, génie écologique, végétalisation du bâti, terrains de sports, reboisement, arrosage, entretien. Trois habilitations spécifiques complètent le dispositif pour les interventions en voirie, sur autoroutes et en environnement électrique.
Les huit labels Qualipaysage permettent d’identifier les entreprises du paysage reconnues pour leur expertise et leur fiabilité. Ils couvrent différents domaines, comme la création et l’entretien des espaces verts, l’élagage, l’arrosage automatique, la végétalisation ou encore les terrains de sport. Attribués selon des critères stricts, ces labels garantissent le savoir-faire, le respect des normes et l’engagement environnemental des professionnels.
| 3,1 Md€ de CA représenté sur 8,5 Md€ dans la branche | 22 300 emplois dans les entreprises qualifiées | 540 entreprises qualifiées 25 labellisées |
Trois familles autour de la table, et personne ne mange seul
Dans sa gouvernance, QualiPaysage réunit plusieurs acteurs clés : les maîtres d’ouvrage, les maîtres d’œuvre et les professionnels du paysage, mais aussi des représentants institutionnels, comme le ministère de l’Agriculture ou FranceAgriMer, qui participent aux instances. Ce qui distingue l’organisme d’une certification classique, c’est justement cet équilibre : autour de la table, ces trois catégories d’acteurs collaborent, sans qu’aucune décision ne puisse être prise sans l’accord des autres.
Résultat : quand QualiPaysage attribue ou refuse une qualification, la décision résulte d’un examen réellement contradictoire. Ce n’est pas une chambre professionnelle qui certifie ses propres membres. C’est un espace de dialogue entre ceux qui font, ceux qui paient et ceux qui vérifient. Une nuance qui a son importance quand on sait que, depuis 2019, le Code de la commande publique autorise les acheteurs publics à exiger la détention d’un label comme critère de sélection dans un appel d’offres.
Pour les industriels et gestionnaires de sites qui travaillent avec des prestataires paysagers, cela se traduit concrètement : choisir une entreprise qualifiée ou labellisée QualiPaysage, c’est s’appuyer sur un outil reconnu par l’État et bâti avec les donneurs d’ordre eux-mêmes. Plus d’informations sur le cadre légal : Code de la commande publique sur Légifrance.
Du jardin à la toiture végétalisée : quand le paysage devient une question industrielle
Pendant longtemps, les entreprises du paysage ont occupé une place un peu floue dans l’écosystème des prestataires industriels : ni tout à fait dans le BTP, ni dans l’agriculture, ni vraiment dans les services. Aujourd’hui, ce positionnement ambigu est devenu un atout. Car ce sont précisément elles qui interviennent aux intersections des grands enjeux du moment.
Gestion des eaux pluviales sur un site de production, végétalisation de toitures tertiaires pour réduire la consommation énergétique des bâtiments, création de trames vertes en bordure de zones logistiques, reboisement de parcelles agricoles dégradées… Ces chantiers ne sont plus des options esthétiques. Ce sont des réponses concrètes aux obligations RSE, aux exigences croissantes des donneurs d’ordre publics et aux engagements climatiques que les entreprises doivent aujourd’hui documenter.
Une étude du cabinet Asterès, commandée par l’Union nationale des entreprises du paysage, chiffre l’impact sanitaire des espaces verts : une hausse de 10 % des espaces verts dans une ville permet d’économiser jusqu’à 94 millions d’euros en dépenses de santé. Ce n’est plus du verdissement, c’est de l’infrastructure.
Pour aller plus loin sur les solutions fondées sur la nature et les engagements biodiversité des entreprises : Stratégie nationale biodiversité, Ministère de la Transition écologique.

QUALIJARDIN : le prochain chantier, et il concerne tout le monde
Les particuliers représentent 49 % du chiffre d’affaires total de la filière paysage, ce qui en fait le premier marché du secteur selon Val’hor. Pourtant, lorsqu’il s’agit de choisir un paysagiste, ils manquent encore de repères fiables. C’est pour répondre à ce besoin que QualiPaysage lance QUALIJARDIN, une nouvelle qualification dédiée aux entreprises travaillant pour les particuliers, dont le lancement est prévu en avril 2026.
Cette qualification s’articule autour de deux volets : les travaux de création (aménagement, rénovation, transformation de jardins privés) et les travaux d’entretien (tonte, taille, désherbage, fleurissement, entretien des massifs et surfaces). Le processus de qualification repose sur une double évaluation : un audit administratif et documentaire réalisé par les équipes QualiPaysage, suivi d’une analyse technique menée par un expert indépendant, qui vérifie la conformité des réalisations, leur qualité et le respect des règles de l’art.
Au-delà des aspects techniques, QUALIJARDIN intègre également des engagements environnementaux forts. Les entreprises s’engagent notamment à limiter l’usage des produits phytosanitaires, à préserver la faune et les sols, à privilégier des végétaux adaptés au climat local ainsi que des matériaux biosourcés et des circuits courts. Les garanties classiques sont également strictement contrôlées : assurances à jour, conformité administrative et fiscale, qualifications du personnel, et assurance décennale lorsque nécessaire.
Pour les professionnels, c’est une opportunité de valoriser leur sérieux dans un marché concurrentiel. Pour les particuliers, c’est enfin un repère clair et fiable pour choisir un prestataire en toute confiance.
Données de la filière : UNEP, Les Entreprises du Paysage | Val’hor, interprofession française de l’horticulture.
INTERVIEW

Thierry Muller, Président de QualiPaysage : « Ce n’est plus une option, c’est une obligation »
Thierry Muller est à la tête de QualiPaysage depuis plusieurs années. Il parle avec franchise d’un secteur qui a longtemps dû se battre pour être pris au sérieux, et qui n’a plus vraiment ce problème aujourd’hui.
QualiPaysage existe depuis 55 ans. Est-ce que vous avez le sentiment que le regard sur votre secteur a vraiment changé ?
Oui, et ce changement est récent. Pendant longtemps, le paysagiste était perçu comme quelqu’un qui taillait des haies et tondait des pelouses. Ce n’était pas forcément faux, mais c’était très réducteur. Ce qui a changé, c’est la prise de conscience climatique. Les collectivités, les industriels, les gestionnaires de patrimoine immobilier ont réalisé que le végétal n’était pas un luxe. C’est une réponse à des problèmes très concrets : la chaleur en été, les inondations, la qualité de l’air, la biodiversité qui disparaît. Nos entreprises travaillent sur ces sujets depuis des années. Elles avaient juste besoin qu’on le reconnaisse.
La qualification et le label, c’est souvent perçu comme de la paperasse supplémentaire par les petites entreprises. Comment vous leur répondez ?
Je comprends cette réaction. Quand on est chef d’une petite structure avec cinq ou six salariés, on n’a pas envie de passer ses soirées à constituer des dossiers. Mais ce que les entreprises nous disent une fois qu’elles ont franchi le pas, c’est que ça les a aidées à se structurer. Le référentiel devient une feuille de route. Il permet de faire un état des lieux : est-ce qu’on est à jour sur les formations ? Est-ce que nos assurances couvrent vraiment ce qu’on fait ? Est-ce qu’on peut prouver la qualité de nos chantiers à quelqu’un qui ne nous connaît pas ? Ce sont des questions utiles, même si on n’est pas candidat à un marché public.
Vous avez lancé les labels en 2021. Quel bilan vous en tirez aujourd’hui ?
25 entreprises labellisées, c’est encore peu. Mais ce sont des pionnières. Ce qui est frappant, c’est que l’impact le plus immédiat n’est pas commercial, contrairement à ce qu’on pourrait croire. L’impact, c’est interne. Les équipes se sentent valorisées. Le fait qu’un auditeur indépendant vienne sur le chantier, regarde comment on travaille, et valide la qualité, ça change quelque chose dans la fierté des gens. Et ça, dans un secteur où recruter et fidéliser est difficile, c’est loin d’être anecdotique.
Et QUALIJARDIN, c’est votre grand projet pour les années à venir ?
C’est une suite logique. Le marché des particuliers représente presque la moitié du chiffre d’affaires de la filière. Ce sont des millions de jardins, de terrasses, de copropriétés. Et aujourd’hui, quand un particulier veut refaire son jardin, il cherche sur internet, il demande à ses voisins, et il croise les doigts. On veut lui donner un outil fiable. Pas seulement un tampon administratif, une vraie garantie : l’entreprise que vous allez choisir sait ce qu’elle fait, elle travaille proprement, et elle vous proposera un aménagement qui tiendra dans le temps et qui respectera la biodiversité de votre territoire. C’est ça, QUALIJARDIN.



