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28 mai 2026Géologue, créatrice de DP Géo, dirigeante de Solum Hydrogéologie et associée à MDB Engineering sur les énergies renouvelables : Delphine Picault a construit en moins de dix ans un groupe d’expertise du sous-sol qui compte parmi les acteurs indépendants les plus singuliers du secteur. Rencontre avec une entrepreneuse qui préfère le terrain aux discours.
De la volcanologie aux chantiers parisiens
Tout a commencé par les volcans. Delphine Picault avait une passion d’enfance pour la volcanologie, cette discipline qui étudie les entrailles de la Terre. Elle a fini par en garder l’essentiel, cette curiosité pour ce qui se passe sous la surface, en bifurquant pendant ses études vers quelque chose de plus immédiatement concret : la géotechnique.
Apès un master en géologie appliquée à l’université de Franche-Comté, elle décroche son premier poste en 2004 chez Franki Fondation, spécialiste des fondations profondes. Quatre ans sur des chantiers en région parisienne, dans un monde qui, à l’époque, est presque exclusivement masculin. Elle apprend tout en même temps : les pieux, la géologie, la géotechnique, et même la vente.
« La compétence n’a pas de genre, et la passion non plus. » Delphine Picault
En 2011, elle quitte Paris et s’installe dans la région de Reims, où elle prend la direction d’une agence. C’est là qu’elle apprend vraiment à piloter une structure, à décider, à construire une équipe. Paris n’a jamais été son objectif. Elle avait besoin de projets à taille humaine, d’espace, de proximité avec le terrain. Reims lui a donné tout ça.
DP Géo : comprendre le sol pour ne pas payer les erreurs deux fois

En 2017, Delphine Picault crée DP Géo, bureau d’études géotechniques installé à Villeneuve-sur-Aisne. L’idée n’est pas née d’une stratégie d’entrepreneur. Elle reconnaissait volontiers que les circonstances l’ont menée là autant que sa propre volonté.
« Je ne me suis jamais dit « je vais créer des entreprises ». Des opportunités se présentent, des rencontres se font au bon moment, et il faut savoir les saisir. Chaque étape a été une réponse à une réalité du terrain, jamais une ambition préméditée. » Delphine Picault
La mission de DP Géo tient en quelques mots : intervenir avant que le premier coup de pioche soit donné. Les sous-sols réservent des surprises qui coûtent cher quand elles sont découvertes trop tard : argiles gonflantes, cavités souterraines, nappes phréatiques affleurantes, terrains compressibles. Chacun de ces aléas peut fragiliser durablement un ouvrage, allonger les délais, exploser le budget.
Le bureau d’études couvre trois grandes familles de missions.
L’étude géotechnique analyse les propriétés mécaniques et physico-chimiques du sol pour anticiper son comportement face aux charges d’un ouvrage. L’étude géologique identifie les risques naturels et les instabilités potentielles. L’étude géophysique caractérise les couches profondes sans recourir systématiquement au forage destructif. S’y ajoute une spécialité en infiltration des eaux pluviales, devenue stratégique depuis le renforcement des normes de gestion du ruissellement urbain.
Avec cinq experts (ingénieurs, techniciens, personnel administratif), DP Géo traite des dossiers allant de la maison individuelle aux équipements publics, en passant par les promoteurs et les industriels. La loi ÉLAN, qui impose les études de sol préalables dans les zones à risque, et les compagnies d’assurance qui les exigent pour la garantie décennale, ont transformé ces prestations en passages obligés pour nombre de projets.
« Afin que tout un chacun appréhende ce que la géologie du terrain impose et puisse prendre des décisions éclairées, je fais fi du jargon. » Delphine Picault
Cette capacité pédagogique est peut-être ce qui distingue le plus Delphine Picault dans un secteur souvent austere dans sa communication. Expliquer à un maître d’ouvrage pourquoi son terrain réclame telle fondation spéciale, pourquoi ses ombrières photovoltaïques risquent de ne pas résister aux vents sans une étude de sol sérieuse : c’est un travail de conviction autant qu’une prestation technique.
Solum Hydrogéologie : l’excellence du forage au service de l’environnement
En 2023, Delphine Picault rachète Solum Hydrogéologie, spécialiste du forage environnemental certifiée MASE, avec des agences à Arsac en Gironde, à Saint-Laurent-de-Mure près de Lyon et à Mondragon en région Provençale. La structure compte une douzaine de collaborateurs et couvre l’ensemble du quart Sud-Loire, de Bordeaux à Lyon, avec des interventions sur tout le territoire national.
La distinction entre les deux entités est nette. Solum ne fait pas d’ingénierie. Solum fore, prélève et observe.
« Ce sont deux métiers complémentaires mais bien distincts. Solum, c’est une douzaine de personnes spécialisées dans le forage et le prélèvement d’échantillons. On ne fait pas d’ingénierie chez Solum, on fore, on prélève, on observe. La valeur repose sur les hommes, les femmes et les machines, sur leur savoir-faire technique et leur rigueur sur le terrain. » Delphine Picault
Les chantiers de Solum ne sont pas des opérations de routine. Accéder à certains sites en zone urbaine dense, acheminer de l’eau en pleine nature, travailler en environnement pollué ou sur des sites classifiés : les contraintes sont réelles et requièrent une préparation rigoureuse. C’est précisément pour répondre à ces situations que Solum a bâti sa réputation, notamment auprès d’acteurs comme Total, dans l’industrie pétrolière, chimique et nucléaire.

Un parc machines pour chaque situation
Le parc de foreuses de Solum est dimensionné pour ne jamais refuser un chantier pour des raisons d’équipement. Le carottier portatif de type Wacker couvre les sondages peu profonds là où la légèreté est déterminante. L’EMCI 1.70 est la machine privilégiée pour les interventions en intérieur, dans des espaces contraints. La COMACCHIO GEO 305 assure l’ensemble des opérations : prélèvement de sol, pose de piézomètres et piézairs en une seule mobilisation. L’EMCI 700 C prend le relais pour les missions les plus exigeantes, du diagnostic de pollution à la dépollution in situ, avec des forages dépassant parfois 30 mètres de profondeur. Enfin, l’EMCI 7.50, dont une unité flambant neuve vient d’intégrer le parc, couvre les prélèvements et la pose de piézomètres jusqu’à 20 mètres.
« Nous disposons aussi d’une nouvelle foreuse EMCI 7.50 à la pointe de la technologie. » Delphine Picault, présidente de Solum Hydrogéologie
La certification MASE comme standard de sécurité
Travailler sur des sites industriels sensibles impose des protocoles que beaucoup de structures ne peuvent pas tenir. Solum Hydrogéologie a fait de la certification MASE son standard minimal. Chaque unité de forage embarque un kit raffinerie GIES et un kit absorbant gasoil et huile. Les EPI sont adaptés à chaque famille de polluants et à chaque type de mission. Les équipements sont vérifiés périodiquement par un bureau de contrôle indépendant.
Chaque chantier mobilise au minimum deux collaborateurs, dont un breveté Sauveteur-Secouriste du Travail. Tous sont habilités Risques chimiques niveau 1 ou 2. Certains sont également formés ATEX 0, Risques mécaniques ou port de l’ARI. Ce niveau de préparation n’est pas une exigence réglementaire théorique : c’est ce que réclament concrètement les grands clients industriels.
Sur le terrain, Luc Badia-Sanmartin supervise le secteur Ouest et Christian Rudelle le secteur Est. Onze collaborateurs chevronnés, dont plusieurs présents depuis plus de quinze ans, couvrent l’ensemble des départements Sud-Loire.
« Ils sont la richesse de Solum Hydrogéologie. » Delphine Picault
Cette ancienneté a une valeur que les industriels comprennent immédiatement. Un foreur qui connaît la géologie d’une zone depuis quinze ans anticipe les aléas de terrain que ne signalent aucune carte et aucun logiciel. Il adapte ses protocoles en temps réel, réduit les risques de dérive budgétaire et limite les incidents. C’est pour cela que des clients comme Total reviennent.
Energies renouvelables et expansion : le groupe se déploie

Le groupe construit par Delphine Picault ne se limite plus à deux structures. Une association avec MDB Engineering est en cours pour intégrer le marché des énergies renouvelables, notamment l’éolien et le solaire. Des projets dont la réalisation dépend directement de la qualité des études de sol et des forages préalables. C’est la logique même d’un groupe qui a tout construit sur la complémentarité des expertises.
Solum Hydrogéologie prépare par ailleurs une expansion vers les Hauts-de-France, en plus de ses trois agences actuelles. Un chantier à l’international, en Allemagne, figure également dans les perspectives à court terme. Le marché européen des dépollutions industrielles et du suivi des nappes offre des débouchés que peu de structures françaises indépendantes sont en mesure d’adresser.
La demande structurelle est là, solid. Le renforcement des exigences environnementales, les obligations d’inventaire des pollutions héritées des friches industrielles, la multiplication des projets de construction en zones à risque : tous ces facteurs alimentent une croissance régulière qui ne dépend pas d’un cycle conjoncturel.
Rendre visible l’invisible
Il y a quelque chose d’un peu ingrat dans ces métiers. Quand les fondations tiennent, quand la nappe ne remonte pas, quand le bâtiment ne se fissure pas, personne ne pense à l’étude de sol réalisée deux ans plus tôt. Le travail bien fait passe inapeu. C’est le paradoxe que Delphine Picault assume avec une certaine lucidité et une phénoménale énergie.
« Rendre visible l’invisible. Notre travail se passe sous terre, avant même que le premier coup de pioche soit donné. Quand tout se passe bien, personne ne pense à l’étude de sol. Mais quand un bâtiment se fissure ou qu’une fondation pose problème, on comprend soudain à quel point cette étape était cruciale. » Delphine Picault
Justifier le coût d’un travail préalable auprès d’un maître d’ouvrage pressé, qui veut avancer vite et ne pas voir son budget enfler avant le début des travaux : c’est, selon elle, le défi quotidien du métier. Elle ne s’en plaint pas. C’est précisément ce combat de pédagogie qui rend le travail intéressant.
« Le pragmatisme et l’exigence. Trouver la solution juste, dans les limites des risques acceptables, sans exploser le budget. Mon rôle n’est pas de vendre du rêve, c’est de donner le meilleur conseil possible, ancré dans la réalité du terrain. Le sol ne ment jamais, c’est à nous de bien l’écouter. » Delphine Picault




